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Avant propos de Ch. Lazerges au numéro des Archives de politique criminelle 2010 consacré à l'Espace public, surveillance et répression

Par Karine Parrot - Dernière modification 14/06/2011 12:04

Les Archives de politique criminelle 2010 consacrées à l'Espace public, surveillance et répression, éditions Pédone

Avant Propos de Christine Lazerges, Professeur à l'Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne

 

C’est bien la pénalisation accrue des comportements dans l’espace public qui a conduit le comité de rédaction des Archives de politique criminelle à souhaiter qu’un volume, le volume 32 de notre revue, soit consacré à la prévention et à la répression dans l’espace public.

Le volume s’ouvre sur un article de Pierrette Poncela offrant les clés de définition et de compréhension du phénomène de pénalisation de l’espace public. Ainsi, nous dit l’auteur : « Réduit mais de plus en plus surveillé, contrôlé et saturé d’épreuves de franchissement, l’espace public de ce début de XXIe siècle est le produit, certes de l’évolution des rapports sociaux et de l’urbanisation, mais plus encore de la mise en œuvre de politiques publiques où la traduction des problèmes sociaux en termes de risques, et singulièrement le risque d’être victime, est excessivement prégnante ».

Plus d’un article aussi bien dans la partie « Principes et problèmes de politique criminelle » que dans la partie « Politique criminelle appliquée » met en évidence la sécurisation des espaces publics par des mesures qui privilégient la prévention situationnelle, par un usage démesuré par exemple des caméras de vidéo-surveillance requalifiées de « vidéo-protection ». Parallèlement la prévention sociale de rue ou d’accompagnement humain de proximité souffre, qu’il s’agisse de la police de proximité purement et simplement supprimée en 2002 pour renaître tout récemment et très partiellement sous le nom d’UTECH, ou qu’il s’agisse des dispositifs de la politique de la ville trop souvent sacrifiés au nom de la révision générale des politiques publiques (RGPP).

Plus d’un article dans les trois parties des Archives de politique criminelle analyse la stigmatisation de certaines personnes dans l’espace public entendu, on l’a bien compris, comme regroupant l’ensemble des endroits ouverts au public. « Alors que l’espace public est le lieu où se nouent la plupart des relations sociales, où s’exprime et se réalise l’intégration de l’individu dans la vie sociale, comme l’explique Nicolas Ferran, au sein de cet espace, l’étranger en situation irrégulière n’est cependant pas une personne comme les autres. Ne disposant pas du droit de séjourner, de travailler ou de circuler librement en France, il ne peut en effet y mener qu’une existence marquée du sceau de la clandestinité. Bien plus, l’espace public est pour lui un espace d’insécurité où il est dangereux d’apparaître et d’exister ».

La prostituée n’est pas dans une situation très différente d’autant plus qu’elle peut cumuler deux causes de stigmatisation le fait d’être étrangère et prostituée. Johanne Vernier démontre le lien entre la répression de la prostitution dans l’espace public et la recherche de nouveaux espaces plus cachés voire privés.

On ne peut ignorer non plus la stigmatisation des jeunes, la crainte qu’ils font naître et leurs difficultés avec « Les autorités de la rue, le Maire et les autres… », comme les nomme Christian Vigouroux. L’évidence de la prévention de rue, décrite par Christine Lazerges, devrait conduire les pouvoirs publics à ériger cette forme de prévention en instrument privilégié.

Et que dire de ceux dont « Le bruit et l’odeur » dérangent ? Pierre-Jérôme Delage a l’audace et la justesse de donner à son article le titre : « Le bruit et l’odeur » ; Fabien Jobard va jusqu’à parler de «gibier de police » pour évoquer la population que la police estime être sa légitime propriété.

Ces figures identifiées comme potentiellement dangereuses dans l’espace public sont évidemment celles faisant l’objet plus qu’à leur tour des contrôles sur lesquels revient François Desprez.

La France est loin d’être le seul pays où les désordres supposés ou réels de l’espace public conduisent à de lourdes atteintes aux libertés, Aurélie Binet-Grosclaude dresse un tableau inquiétant des « Anti-social behaviour orders » en Angleterre et au Pays de Galles. Dimitrios Giannoulopoulos n’hésite pas à parler de société de surveillance à propos de la vidéo-surveillance au Royaume-Uni.

Ce volume des Archives de politique criminelle par l’entrée « Espace public » explore les bouleversements du contrôle social que signent la déshumanisation du droit pénal et la radicalisation des procédures de contrôle social dans une société de la peur de l’autre et de l’exacerbation voire de la perversion du principe de précaution.

Est-il définitivement utopique d’imaginer que « les rues se transforment en chemins d’un autre devenir humain et sociétal » pour reprendre la belle expression de Riccardo Petrella ?


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